Boîte couverte en ko-sometsuke à décor érotique, Chine, fin de l’époque Ming ou période de transition, XVIIe siècle

Description

Boîte couverte en ko-sometsuke à décor érotique, Chine, fin de l’époque Ming ou période de transition, XVIIe siècle

Petite boîte couverte en porcelaine peinte en bleu sous couverte, relevant du groupe désigné sous le nom de ko-sometsuke 小染付, terme appliqué aux porcelaines chinoises bleu et blanc produites à Jingdezhen pour le marché japonais, entre la fin de Wanli et la période de transition. Ces pièces, souvent de petit format, librement dessinées, parfois volontairement irrégulières dans leur silhouette ou leur mise en page, occupent une place particulière dans l’histoire du goût japonais. Elles furent prisées non seulement pour leur usage, mais pour leur capacité à conjuguer raffinement, fantaisie et étrangeté dans l’univers du chanoyu. Le développement de ces productions est aujourd’hui bien replacé entre les règnes de Wanli et Chongzhen, c’est-à-dire dans le dernier moment de la dynastie Ming et dans la phase dite transition.

La présente boîte relève de la catégorie des petits contenants utilisés pour l'encens que le Japon a su investir d’une valeur esthétique propre. Dans la culture du thé, ces objets furent non seulement utilisés mais classés, comparés, décrits, hiérarchisés, au point de donner lieu à une véritable littérature d’amateurs. L'ouvrage le plus célèbre est le Katamono Kōgō sumō banzuke de 1855, classement établi par des maîtres de thé, marchands et connaisseurs de plusieurs grandes villes japonaises, qui témoigne de l’extraordinaire prestige accordé aux kōgō 香合, ces petites boîtes à encens, et plus largement aux petits contenants chinois intégrés au monde du thé. Ce document montre bien qu’au Japon la petitesse de l’objet n’impliquait nullement une moindre dignité ; elle favorisait au contraire une attention extrême portée à la forme, à la surface, au sujet et à la mémoire des exemplaires fameux.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre l’intérêt exceptionnel de cette boîte. Le décor représente une scène érotique dans un intérieur, ce qui demeure déjà d’une très grande rareté sur porcelaine chinoise de cette époque. La littérature insiste aussi sur le caractère exceptionnel des porcelaines explicitement érotiques de la fin des Ming et de la période de transition. Mais la singularité de cette pièce ne réside pas seulement dans le choix du sujet. Elle tient aussi à sa formulation. Le couple n’est pas enlacé. La scène n’est donc pas organisée selon une frontalité démonstrative ; elle relève plutôt d’une image allusive, condensée, presque retenue, ce qui la rapproche davantage d’une culture de la suggestion que d’une iconographie purement narrative.

Il faut surtout souligner que le décor n’est pas rejeté à l’intérieur de l’objet ni réservé à une découverte secondaire : il est placé sur le couvercle même, donc sur la face la plus immédiatement visible. C’est un fait considérable. Car dans ce domaine, les images érotiques relèvent le plus souvent d’une consultation intime, d’un feuilletage, d’un usage privé, comme c’était le cas des albums peints ou imprimés de la fin des Ming, désignés par les termes chunhua 春畫 ou chungonghua 春宮畫. Les études de James Cahill sur les albums érotiques imprimés de la fin des Ming ont bien montré l’existence d’un répertoire visuel autonome, sophistiqué, où le raffinement des attitudes, des intérieurs et des rapports entre les figures comptait autant que l’explicite lui-même. La boîte doit être replacée dans cette culture des modèles circulants. Elle paraît condenser, sur une très petite surface, quelque chose de ce langage visuel diffusé par les albums, les peintures et les recueils d’images de la fin des Ming.

Là réside un autre de ses paradoxes. Le sujet n’est pas caché, puisqu’il occupe le dessus du couvercle ; mais l’objet, par son format minuscule, pouvait aisément être tenu, montré ou soustrait au regard dans un cadre restreint. Cette tension entre visibilité iconographique et discrétion matérielle est essentielle. Elle distingue la pièce d’un simple objet à sujet licencieux. Nous sommes plutôt devant un objet de cabinet, destiné à un regard informé, dans lequel la petite échelle, la préciosité du support et la condensation du motif jouent ensemble.

Par le sujet choisi, par la position non dissimulée du décor sur le couvercle, par le traitement relativement retenu de la scène — le couple n’étant pas enlacé — et par son inscription dans le monde du ko-sometsuke apprécié au Japon, cette petite boîte constitue un témoignage rare et intellectuellement très intéressant des échanges entre la culture visuelle de la fin des Ming et la tradition japonaise de l’appréciation des petits contenants.

Dimensions : largeur 4 cm ; profondeur 3 cm ; hauteur 2 cm.

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Boîte couverte en ko-sometsuke à décor érotique, Chine, fin de l’époque Ming ou période de transition, XVIIe siècle

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