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Suzuribako à décor de horagai et paysage avec pavillons, époque Edo, XVIIIe-début XIXe siècle
Description
Suzuribako à décor de horagai et paysage avec pavillons
Japon, époque Edo, XVIIIe-début XIXe siècle
Suzuribako de forme rectangulaire à angles arrondis, en bois laqué, mesurant 24,1 cm de largeur, 22,2 cm de hauteur et 4,7 cm de profondeur. Le couvercle présente, sur un fond de nashiji, un grand horagai 法螺貝, c’est-à-dire une conque transformée en trompe, enveloppée dans un filet traité en laque rouge en relief. L’intérieur comprend la pierre à encre et le récipient à eau, ou suiteki, ici en forme de branche de pin, tandis que le revers du couvercle est orné d’un paysage de pavillons au bord de l’eau. Le suzuribako est une boîte à écrire destinée à contenir les instruments nécessaires à la préparation de l’encre et à l’écriture.
Le fond nashiji doit être souligné d’emblée. Cette technique, qui donne à la surface l’aspect d’une peau de poire par la dispersion serrée de fines paillettes d’or, crée ici un champ lumineux, chaud et très régulier, sur lequel le motif se détache avec une grande netteté. Le décor du couvercle combine visiblement hiramaki-e et takamaki-e. Le hiramaki-e correspond aux parties dessinées avec une faible épaisseur, intégrées à la surface, tandis que le takamaki-e désigne les reliefs plus accusés, obtenus par modelage avant saupoudrage d’or. Le dialogue entre ces deux procédés donne au motif sa profondeur sans rompre l’unité lisse et précieuse de la laque.
Le horagai est un instrument bien identifié dans la culture japonaise, lié surtout aux yamabushi, ascètes de montagne du shugendō. Les sources japonaises rappellent qu’il servait à communiquer en montagne, à marquer une présence, à rythmer certaines pratiques rituelles, et qu’on lui attribuait aussi une fonction protectrice, capable d’écarter les forces mauvaises. Dans l’iconographie de cette boîte, sa présence introduit donc un monde de retraite, d’ermitage, de vie hors du monde et de spiritualité montagnarde. Le filet rouge qui le porte n’est pas un détail secondaire : il appartient à la réalité même de l’objet et sa représentation, d’une précision extrême, fait partie des plus grandes réussites de la boîte. Chaque brin du tressage est suivi, croisé et tendu avec une minutie exceptionnelle, qui donne au décor une vérité presque tactile.
L’intérieur développe un autre registre, plus proprement lettré. Le revers du couvercle est orné d’un paysage de pavillons au bord de l’eau, avec pins, reliefs et oiseaux en vol. Le fond reprend cette atmosphère par des branchages en laque or. Nous sommes ici dans le vocabulaire du paysage idéal, retiré, contemplatif, construit autour de l’eau, de l’architecture légère et du pin, arbre de permanence et de tenue. Le suiteki en forme de branche de pin prolonge directement ce décor et montre que les accessoires eux-mêmes participent du programme iconographique. Ainsi, le décor de la boîte est organisé en un véritable dialogue entre le monde de l’ascèse montagnarde évoqué par le horagai et celui de l’écriture, du paysage mental et de la retraite cultivée.
C’est ce dialogue qui fait l’intelligence particulière de l’œuvre. À l’extérieur, le grand horagai domine seul, presque monumental, avec son filet rouge en relief, dans une image forte, concentrée, presque emblématique. À l’intérieur, le regard entre dans un espace plus silencieux, plus ample, fait d’eau, de pavillons, de pins et d’oiseaux. Le passage du couvercle au dedans de la boîte correspond ainsi à un passage symbolique : du signal, de l’appel et du monde montagneux vers l’espace du lettré, de l’écriture et de la contemplation. Une telle cohérence iconographique, servie par une exécution aussi précise, place cette pièce parmi les suzuribako d’excellente qualité.
Dimensions : 24,1 × 22,2 × 4,7 cm.